¡NO PASARAN! – L’Interview [Fr.]

Un collectif rythmique, entre rock-industriel et folk urbain, un projet atypique comme son parcours, né d’une commande il devint vite une passion qui unit une douzaine de fourmis percussionnistes depuis plus de dix ans! Réputée pour ses interventions qui n’hésitent pas à délaisser la scène pour le pavé, voilà que la fourmilière en balance un -et de taille- dans le marasme sonore ambiant. La sortie de « No Pasaran! » est l’occasion de rencontrer une fourmi fondatrice du « Rythme des Fourmis ».

Chère fourmi 1917, est-il humainement possible d’écouter un album fait de rythmes joués sur de fûts en métal chez soi, dans son salon?

Pas seulement dans son salon! La meilleur façon de répondre à cette question est d’essayer.

Non mais franchement?

Franchement : oui! C’est un fait ce projet est un spectacle complet destiné aux concerts, à l’action directe mais nous y avons pensé, enregistré et aussi remixé en conséquence : le studio a aussi ses avantages. La présence des versions originales et de versions retravaillées créent un équilibre radical mais efficace. Cela va de la rage du métal à une rencontre intimiste entre des bidons et des tablas. Prochainement vous aurez aussi la possibilité de télécharger les rythme par rythme. Mais toujours franchement : à dix 7,5 euros les 17 titres il n’y a pas à hésiter ou attendre, non?

Quel est le secret qui permet de transformer le son brut du métal en ces rythmes qui séduisent autant les festivaliers que les manifestants et leurs enfants?

Beaucoup de répétitions, de recherche, c’est une véritable alchimie que de faire surgir du métal ces polyrythmies. Parfois elles sont inspirées de rythmes traditionnels existants qu’une fourmi ramène d’une migration, d’autres sont des créations collectives. C’est aussi l’alliance du métal, l’alliage du minéral et de l’animal, via le végétal…de la baguette! C’est l’unisson et les dialogues, les solos qui provoquent ces transes estivales ou urbaines… C’est universel, le rythme parle à notre essence même.
L’aspect visuel a aussi son importance, nous jouons sur des bidons de récupération, ce qui plait et rend le concept accessible à tous! Et le fait que nous puissions autant jouer sur scène qu’intervenir en rue ou sur un camion, offre une grande liberté, spontanéité que le public apprécie toujours.

L’album s’intitule « No Pasaran! » et s’ouvre par des chants russes, qui est visé par ce titre?

« No Pasaran! » (« ils ne passeront pas ») était le cri de ralliement des brigades internationales en Espagne, qui y combattirent le fascisme en 1936. L’extrait de chant en ouverture est celui des partisans. Nous tenions à faire passer ces messages de lutte et de résistance, à adresser ce « No Pasaran » aux « friendly facsist » d’aujourd’hui, rappeler qu’ils ne sont pas invincibles. C’est aussi le reflet d’une attitude et des participations à de nombreuses manifestations de solidarité ou syndicales.
Mais les fourmis ne se résument pas à cela, c’est aussi un appel à la fête, aux rondes métalliques, au plaisir de vibrer, de danser. Tout est rythmes et cycles du battement de cœur d’une fourmi aux cycles lunaires et du cosmos, de droite à gauche et de bas en haut…

Et pourquoi « le rythme des fourmis »?

D’abord le rythme des base des fourmis est celui de l’alerte, c’est authentique : de leur abdomen elles battent l’alarme. Ensuite travailler les rythmes nécessite une grande concentration et une forme de symbiose, un esprit attentif, ouvert et collectif. La fourmi symbolise bien cet esprit, celui de la solidarité aussi.
Les fourmis sont passionnantes, souvent bien éloignées des idées préconçues, elle ne sont pas royalistes comme on vous le raconte à l’école, ce sont de vraies anarchistes. La plus insignifiante des fourmis peut être à l’origine d’une décision majeure, pas de hiérarchie. Elles ne sont pas des travailleuses acharnées, plus d’un tiers se repose et sur ce tiers un tiers semble ne jamais travailler et contrairement à la fâcheuse fable elle sont très généreuses…(tout sourire) Dites Miss, vous en avez encore beaucoup des questions inattendues comme celle là?

Oui des tonnes, j’allais vous demander comment est né ce projet?

Par hasard, un ami demandait de monter un spectacle « à la Stomp » pour un événement. Lors des répétitions, avec deux amis percussionnistes et une danseuse, nous avons tout de suite accroché à l’incroyable son des bidons! Cela a aussi permit de renouer avec ce qui m’avait amené à la musique: l’industriel et l’electro des années 80. Rapidement plusieurs excellents batteurs et percussionnistes ont rallié le projet, lui apportant toutes leurs diverses expériences.
Ensuite nous avons assuré l’ouverture du festival du Film Fantastique de Bruxelles et c’est là que ça a vraiment démarré et nous voilà dix ans plus tard!

Justement, en reprenant les fûts de métal pour instrument, ne craigniez-vous pas êtres considérés comme des clones des Tambours du Bronx ou de Stomp?

Cela reviendrait à accuser les guitaristes électrique d’être tous des clones de Jimmy Hendrix…Nous avons beaucoup de respect pour les Tambours du Bronx mais nous avons une autre approche, encore plus centrée sur les bidons. Nous sommes jusqu’ici deux fois moins nombreux et mixtes, nous préférons donc nous focaliser sur un travail plus rythmique, polyrythmique en fait. Nous ne jouons ni du balais ni de la boite d’allumette, nous battons le métal. Et pour la petite histoire: les groupes qui firent découvrir les fûts de métal à notre génération s’appellent Test Dept et Einsturzende Neubauten.

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